Présentation de la candidature de Guillaume Frasca à la présidence du MJS

Chers camarades, chers militants,
Je m’adresse à vous en tant que militant d’une organisation à laquelle je tiens, pour laquelle je porte de grandes ambitions, aujourd’hui obérées par un bilan assez grave après 15 d’existence. Quelle est la situation à l’orée de l’année 2010 ?
Le monde de 2010, c’est celui qui ne cesse d’être secoué de crises financières, économiques, sociales, environnementales et démocratiques.Des crises internationales où chacun a pu constater les carences et les limites des Etats, et où, par conséquence, la nécessité de construire une Europe fédérale forte et des instances internationales relégitimées est plus que jamais d’actualité. Vingt ans après la chute du mur de Berlin, le nouvel ordre mondial tant vanté n’est plus de mise. Il nous appartient tous et toutes de porter l’ambition d’un monde plus juste, sachant intégrer les aspirations de tous ces peuples, et notamment ceux des pays en voie de développement.
Le monde de 2010, le monde de Sarkozy, c’est celui des inégalités qui explosent. Nous ne pouvons tolérer que les seules voix qui semblent porter dans l’opinion soient celles du conservatisme et de la réaction. Méfions nous, encore et toujours, des intégrismes et des nationalismes, qui ont toujours prospéré sur le terreau fertile de la désespérance. N’oublions jamais que le combat du MJS a toujours été celui de la démocratie face à la tentation du repli. N’oublions jamais le combat de nos aînés, encore dans nos têtes, face à la menace du front national. N’oublions jamais le 21 avril 2002.
Et dans ce monde de 2010, marqué par les déplorables rancœurs personnelles qui minent l’avenir de la gauche, les leçons de ce 21 avril semblent, encore à l’heure d’aujourd’hui, ne pas avoir été tirées.
Triste désillusion pour tous ces jeunes socialistes, ces jeunes qui ont fait le pari de l’engagement à gauche, et que nous trouvons aujourd’hui trop peu nombreux dans nos rangs forts clairsemés.
Notre situation aujourd’hui est simple :
Une gauche en rade
Une famille socialiste en panne
Un MJS en déliquescence
Ce constat, certes rude, n’en est pas moins lucide. Pour autant, le renoncement n’est pas de mise. Lorsque les temps sont durs, il faut toujours revenir à l’essentiel : les raisons de notre engagement, qui nous ont tous amenés à confier une partie de notre temps et de notre énergie à la lutte contre les inégalités, au cœur de notre doctrine socialiste.
SE RAPPELER des inégalités scolaires qui piègent certains tout en bas de l’échelle sociale.
SE RAPPELER des inégalités au travail qui frappent jusque dans leur chair ceux qui ne disposent que de leurs bras pour vivre.
SE RAPPELER des inégalités d’origine sexuelle qui stigmatisent ceux qui ne souhaitent pas se fondre dans le moule d’une vieille morale puritaine et condamnent les femmes ou les LGBT à un rôle secondaire.
SE RAPPELER des inégalités à l’échelle planétaire, qui acculent certaines populations à la faim et aux pandémies, sans plus aucune lueur d’espoir.
Ces révoltes sont autant de combats que nous, militants socialistes, avons dans nos tripes. Elles nous habitent, nous animent, nous obligent à l’action. Le rappeler, c’est nous ramener à la réalité de la transformation de la société. Si nous voulons être collectivement à la hauteur, il faut avoir l’honnêteté de critiquer nos outils pour porter les ambitions de notre génération militante.
Nous nous fixons trois objectifs pour l’avenir : CONSTRUIRE, CONVAINCRE, COMBATTRE.
I-CONSTRUIRE
Notre engagement se construit par notre action militante au quotidien, auprès de ceux qui désespèrent et à qui nous devons proposer un avenir. Nous sommes militants politiques, nous voulons changer la société. Nous ne saurons pas nous contenter d’incantations, nous sommes dans l’action et dans la proposition.
Le MJS a su, par le passé, et Gilles Bon Maury nous l’a rappelé ce matin, porte de grandes idées auprès de nos aînés et plus encore faire pression pour qu’elles soient concrètement appliquées.
Imaginez la joie et la fierté de ses militants jeunes socialistes lorsque, après avoir fait campagne pour que le PACS soit intégré dans le programme de la Gauche plurielle, ils ont vu nos camarades députés voter pour cette mesure et faire taire la droite réactionnaire.
Je veux, pour notre génération militante, de telles victoires.
Je sais que nous partageons tous cette ambition.
Je sais que nous l’avons dans nos tripes, alors ALLONS-Y !
Mais attention, face à des situations complexes, à une société fragmentée, atomisée, cloisonnée, nos solutions ne peuvent être simples, voire simplistes.
Nous construirons le monde de demain auteur des trois piliers :
-LA DEMOCRATIE :
Qu’il s’agisse de social-démocratie ou de socialisme démocratique, l’ambition est commune : faire participer l’ensemble des citoyens à la décision politique. La démocratie doit se répandre partout où les conflits d’intérêts peuvent poindre. Elle doit reconquérir le terrain perdu face à une droite sarkozyste, avide de pouvoir et liberticide. La VIème République devra replacer le cœur de notre démocratie politique au Parlement. Elle devra interdire le cumul des mandats, et doter nos élus d’un véritable statut afin de favoriser la représentativité de nos concitoyens.
Elle devra mettre fin à la main mise d’un seul, aussi grand soit-il, sur l’ensemble des prérogatives de l’Etat. Assumons l’héritage de la gauche décentralisatrice face à un jacobinisme qui veut retirer le pouvoir et la parole aux citoyens.
Indignons nous de cette politique bling-bling, mélant spectacle et émotion. Allons au bout de notre idéal en instaurant un réel 3ème pouvoir judiciaire, dégagé de toute pression politique.
Rejetons la démagogie. Assumons la démocratie.
Celle-ci devra naître en Europe grâce à un authentique fédéralisme. Le pouvoir doit se situer au Parlement. C’est l’étape primordiale avant l’avènement d’un traité social européen qui pourra de manière effective amener à une harmonisation sociale et juridique ambitieuse par le haut. Elle nous permettra de construire les services publics européens dont nous avons besoin pour faire vivre notre idéal d’égalité sociale et de justice environnementale.
L’eau, l’énergie, les transports collectifs : autant de domaines dont l’Europe doit se saisir.
-L’EGALITE :
Notre second axe concerne notre fondement républicain, l’égalité.
Egalité face à toutes les formes de discrimination. Trop souvent, les jeunes sont stigmatisés dans leur précarité : accès au logement, accès au travail, accès à la santé, accès à la formation…
De même, trop de personnes sont marginalisées à cause de leur origine, de leur religion, de leur orientation sexuelle ou encore de leur handicap. La République doit rendre concrète l’égalité, la solidarité et la laïcité.
Cette égalité passe par un effort toujours renouvelé en faveur des services publics, au premier rang desquels l’Ecole. L’éducation est la pierre angulaire d’un politique progressiste : elle doit permettre à chacun de s’émanciper au-delà de son déterminisme familial et social.
L’Ecole et l’Université doivent être présentes et accessibles partout et pour tous. Elles doivent aller vers la reconnaissance pleine et entière des filières techniques et des savoirs non académiques. Elles doivent nous ouvrir sur le monde.
-LA SOCIAL-ECOLOGIE :
Troisièmement, nous plaidons pour une intégration totale des questions environnementales de nos réflexions et nos propositions.
Il ne s’agit pas de repeindre en vert notre rose, mais d’irriguer les politiques publiques vers l’impératif de transformation écologique de notre modèle.
Si nous, socialistes, ne le faisons pas, qui le fera ?
Qui viendra défendre les plus démunis, les victimes de la crise énergétique, alimentaire et climatique ?
Qui saura imposer aux pays les plus riches les sacrifices nécessaires pour une plus juste répartition ?
Nous devrons savoir manier la norme, la fiscalité écologique socialement juste, le bras armé de la puissance publique pour réorienter à court terme nos économies.
Ceci nécessite un effort de pédagogie, dans nos rangs et au-delà, pour porter l’absolue urgence d’un changement de nos modèles de développement.
II-CONVAINCRE
Convaincre ensuite, c’est-à-dire recréer un lien fort et durable entre notre mouvement, incarné de ses militants et ses idées et la société ancrée dans une réalité aujourd’hui impitoyable. Cela nous condamne à l’exemplarité, à l’heure où les multiples affaires, du fiasco du Congrès de Reims aux bisbilles perpétuelles à Gauche, des affaires Frédéric Mitterrand et Jean Sarkozy, poussent de plus en plus de nos concitoyens vers une condamnation unanime et sans appel de la pratique politique. Soyons exemplaires, camarades, et portons dans nos actes la démocratie que Jaurès nous appelait à répandre dans toutes les strates de la société.
Nous en appelons à :
Un MJS qui se réconcilie avec ses interlocuteurs des jeunesses de France
Un MJS qui représente la diversité des opinions socialistes et la diversité des jeunes engagés, des campagnes aux banlieues, des étudiants aux apprentis et aux jeunes travailleurs.
Un MJS qui, dans ses actes et ses pratiques quotidiennes, parvient à écouter et faire participer ceux pour qui aujourd’hui la politique n’apporte rien et qui pourtant en attendent le plus.
Un MJS qui soit fier de lui-même.
Ouvrons nos portes en facilitant l’adhésion et en renforçant l’accueil de nos nouveaux camarades. Renforçons la formation dans le cadre de débats contradictoires où notre éducation politique naitra de l’éclosion de l’esprit critique, héritage des lumières qui doivent continuer à nous guider.
Décloisonnons notre organisation en facilitant les échanges entre militants par l’ouverture de forums sur Internet, en facilitant les échanges entre fédération pour mener des campagnes innovantes et proches du terrain.
Mais nous ne parviendrons pas à faire du MJS un mouvement de jeunesse enthousiaste, impertinent, où chaque jeune qui souhaite s’engager y trouvera une place que si notre mouvement est exemplaire dans ses actes.
Transparence des instances où nos responsables rendent régulièrement des comptes sur la base du PAN et du PAF.
Transparence financière, de manière régulière, en impliquant l’ensemble des sensibilités, pour que leur sincérité ne puisse jamais être mise en question, pas même par un camarade dans une fédération.
Transparence des débats, où chacun est impliqué à la hauteur de ses envies et de ses possibilités. La diffusion d’un journal national et d’une lettre de diffusion par internet permettra d’impliquer chaque camarade, en confiance, dans la vie de notre Mouvement.
III-COMBATTRE, enfin
Forts de nos valeurs réaffirmées,
Forts de nos propositions renforcées,
Forts de nos militants remobilisés,
Nous pourrons partir en responsabilité et en confiance vers les combats qui se dressent devant nous :
Les régionales, dans quelques mois où plutôt quelques semaines camarades.
Les cantonales ensuite.
La présidentielle et les législatives enfin, à l’horizon de 2012.
Pour ces combats, notre famille s’est engagée dans une voie nouvelle et passionnante : l’organisation de primaires ouvertes à l’ensemble des citoyens, à l’ensemble des forces de gauche qui souhaiteront rejoindre cette aventure. Pour que celle-ci soit un succès, il nous faut franchir deux épreuves : rassembler la gauche et préparer nos appareils politiques.
Le rassemblement de la jeune gauche doit se faire maintenant, organisé par les fédérations lors d’Assises de la Jeune Gauche. Se réuniront les militants politiques, syndicaux, associatifs, qui ont à cœur de bousculer l’ordre établi et de prendre part au mouvement impulsé par ces primaires.
Ces débats militants permettront, j’en suis convaincu, de faire éclore des convergences importantes et de créer une dynamique locale partout sur le territoire qui nous portera.
Si, ou plutôt, lorsque cette première étape sera franchie, le MJS devra se montrer prêt à accueillir les dizaines de milliers de jeunes qui voudront participer à ses primaires.
Nous devrons sortir de notre novlangue, rompre avec nos codes, arrêter de ne parler qu’à nous-mêmes. Chaque jeune, sympathisant ou militant, qui souhaitera prendre part à ce mouvement devra être accueilli avec enthousiasme et il sera de la responsabilité du MJS de lui faire une place, à la hauteur de ses envies et de ses attentes, pour que nous puissions enfin devenir ce mouvement de jeunesse de masse dont nous rêvons tous. Nous devrons trouver notre place avec les autres organisations de jeunesse de gauche, les associations, les collectifs, pour être prêt à ce combat essentiel.
Ces valeurs, ces projets, ce sont ceux portées par une motion dans ce Congrès, la motion 2. Nous avons incarné une dynamique, cherché à remettre nous, militants, au cœur de notre motion, les aspirations les plus légitimes de la base de notre organisation.
Parce qu’il nous faut Construire.
Parce qu’il nous faut Convaincre.
Parce qu’il nous faut Combattre,
Je suis candidat à organiser le rassemblement des militants, au-delà d’une sensibilité.
Cette ambition, je la porterai aujourd’hui et demain, avec vous tous, camarades.
















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